Bienvenue !

Bonjour ! N'hésitez pas à laisser des commentaires en cliquant sur "commentaire" en bas de chaque article ! A bientôt...
Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 14:37

      J’ai vu le jour en novembre. Fin novembre, lorsque les jours sont vraiment courts.

       Quand il fait sombre dehors et qu’une année de plus vous pousse gentiment vers le néant, pourquoi ne pas faire un peu de lumière en soi, cette rare lumière rase de novembre qui donne à de tristes tréfonds une étrange saveur de renouveau à qui sait qu’il va bientôt finir ?

       C’est ainsi que je m’en fus au Père Lachaise pour chercher au moins cette lumière-là, puisqu’ici aucun fossoyeur n’offre de crâne à la méditation du passant.

        J’abordai ce lieu par la poterne qui clôt en son extrémité septentrionale la rue de la Réunion. Cette discrète poterne de l’au-delà que nul mort ne franchit, conduit par un escalier roide, à une large allée de gros pavés rugueux  bordée de tombes qui monte à droite vers le Mur des Fédérés. Certaines sont à l’abandon, recouvertes des scories poussiéreuses et moisies du temps, souvenirs, regrets, remords de ceux qui vivent ou de ceux qui ne sont plus ?

        Ces tombes-là attirent davantage le regard que celle qui ont encore une vie sociale comme si leur pauvre et ancienne vanité mise à nu par l’implacable dérision des êtres et des choses qui passent, paraissait implorer l’indulgence.

        Déjà, les silhouettes terrifiantes des déportés de bronze se dressent sur les cénotaphes contenant un peu de cette terre, de cette boue, de cette cendre, de cet humus humain qui ont nom Auschwitz, Birkenau, Chelmno, Sobibor, Treblinka…Silence : que peut rapporter de ce que fut cette réalité le pauvre filet des mots ?

         Remontant à pas lents dans l’histoire, nous voilà face à la stèle des Brigades Internationales. Splendide et impensable solidarité de ces engagés volontaires ! Je vis ce que je pense ! Je quitte femme et enfants pour aller sauver la liberté en Espagne dont le gouvernement républicain est gravement menacé par un général félon. Son forfait accompli, la sinistre ganache, après avoir martyrisé le peuple, étendra une sanglante dictature sur l’Espagne et, longtemps plus tard, mourra dans son lit entouré de tuyaux et béni par le haut clergé.

          Ma voix intérieure un peu rauque fredonne l’Internationale devant les tombes qui portent les grands noms du Parti Communiste. Pauvre humanité que les utopies les plus généreuse mettent au lit de Procuste !

          Mais quand il n’y avait que cet espoir-là ?

          Une émotion pleine de tendresse et de rage me gagne devant le Mur des Fédérés, à l’idée de ces nantis passant du mépris à la haine pour les pauvres, d’une peur panique à d’atroces et soulageantes fusillades, dont les ultimes ensanglantèrent ce cimetière, ce mur…

           Pour être sûrs que le peuple comprenne bien, après les 20 000 morts de la Commune, 13 500 rescapés furent condamnés à la déportation et l’ordre moral de Thiers à Mac Mahon interdit pendant vingt ans les fêtes traditionnelles et les divertissements populaires, ces réunions de la canaille…

 

            Dans nos démocraties, le « démos » est toujours fait de ceux qui possèdent et savent s’enrichir. A la belle saison, il reste au peuple les cerises.

            Incapable de chanter, je regardais le buste de Jean-Baptiste Clément en songeant à tous ceux qui, dans cette terre, n’avaient plus de frêle et fugitive existence que leur souvenir dans la tête du pauvre passant.

 

                    «  Quand nous chanterons le temps des cerises… »

 

             

             J.C.S

 

 

 

Par Jean Claude Simon
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

Dans cette ville que tu connais, nous avons eu longtemps une rue "Thiers". Qui a pu avoir l'idée de donner à une innocente rue le nom de cet abject personnage ? Je l'ignore. Elle a été récemment débaptisée, mais les habitudes ont la vie dure. Jean-Baptiste Clément, dont tu parles, est souvent venu dans les Ardennes, pour parler du syndicalisme. Humble apôtre, qui faisait à pied le plus souvent, un nombre impressionnant de kilomètres, pour tenter de sortir les ouvriers du semi esclavage dans lequel on les tenait. J'aimerai toujours Jean-Baptiste Clément.
Commentaire n°1 posté par Monique le 19/11/2008 à 11h22
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés