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Jeudi 6 novembre 2008

        Ma petite fille qui va bientôt avoir 16 ans est en première littéraire. Elle me montrait l’autre jour un sujet que son professeur avait proposé à un « bac blanc ».

        Un exercice sur trois textes de virtuoses : Musset, Giraudoux et Beckett…

        Un monologue de Lorenzaccio qui erre désemparé dans Florence après avoir pris la décision pour retrouver sa pureté passée de tuer le tyran, son cousin, Alexandre de Médicis. Seul devant son crime…

         Le lamento du jardinier, pendant l’entracte d’Electre que l’infiniment subtil Giraudoux écrivit en 1937. Souvenir : Agamemnon et son épouse Clytemnestre ont eu deux enfants, Electre et Oreste. A son retour de la guerre de Troie, Agamemnon est assassiné par Egisthe, l’amant de Clytemnestre. Le jeune Oreste s’est enfui. Egisthe devenu régent après le meurtre, veut neutraliser Electre dont soif de vérité et désir de justice sont, pour lui, une terrible menace. Il décide de la marier au jardinier du palais, médiocre rameau d’une famille « bourgeoise » que Giraudoux appelle ironiquement les Théocathoclès, quelque chose comme «  gloire des dieux d’en bas ». Ainsi, il ne resterait rien de la princesse. La veille des noces, Oreste revient…

          Le jardinier qui n’épousera jamais Electre est seul, face à son destin, mais aussi au Destin. Là où il voudrait obstinément Joie et Amour, il ne voit que Haine et Massacres…

          Solitude de Winnie dans « Oh ! les beaux jours », qui, vers la cinquantaine, soliloque devant la fuite du temps, la médiocrité vitale de ses habitudes, le silence de Willie son mari, les petites choses de l’existence. A moitié enterrée pendant le premier acte, on ne voit plus que sa tête dans le second. Comme disait ma grand-mère « Ce que c’est que de nous ! »

          On ne peut dire qu’il y ait une infinité de solitudes. Simplement, une par personne…

          Vivre, c’est, peut-être enrichir sa propre solitude grâce à celle des autres, en commençant par celles de Musset, de Giraudoux, de Beckett, celles des personnes qu’on aime, qu’on estime, ou, tout simplement, qu’on aime pour ce qu’elles sont…

          Vivre, c’est entrer en résonance avec toutes les solitudes…

          Est-ce cela que la société « apprend » à notre jeune littéraire ?

          Que nenni ! Comme lui disent ses brillants copains des sections scientifiques : « A quoi ça sert la littérature ? D’abord, ça rapporte rien ! »

           La réflexion mathématique, belle, gratuite comme la littérature, exaltante pour l’esprit entraîné à aller toujours plus loin dans la compréhension du monde est dévoyée par un nombre énorme de jeunes…dans le système bancaire. Les mathématiques stochastiques sont utilisées par les traders non pour gagner en connaissances, mais pour gagner des monceaux de fric, au terme d’un sinistre jeu de con où l’on calcule les risques et où ils viennent de gagner sous les yeux hypocritement offusqués de ceux qui les ont laissé faire, sinon encouragés !

 

      Lis, ma jeune littéraire, enrichis ta solitude…

 

               J.C.S

 

         

Par Jean Claude Simon
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Commentaires

La littérature, ça ne rapporte rien, c'est vrai, surtout la bonne, mais les sciences et les mathématiques utilisées à mauvais escient apportent la ruine et la misère.
Commentaire n°1 posté par Monique le 17/11/2008 à 17h34
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