Ces gens-là que peuvent-ils bien penser d’eux, si, toutefois, ils prennent le temps nécessaire pour cela ? Car ils sont très occupés. On les entend à la radio, on les voit à la télévision, on les lit dans les journaux nationaux et régionaux, éditoriaux, articles ( toujours de fond ), ils font paraître une ou deux fois l’an ce qui ressemble à un vrai livre, encensés par leurs congénères. Ils parlent des tonnes de livres qu’on leur envoie pour qu’ils en parlent et qu’ils ont lu, je suppose, avec la plus grande attention. C’est qu’ils sont savants ces gens-là, certains sortent même de l’Ecole Normale Supérieure, ce qu’ils soulignent parfois, mais avec discrétion. De plus, ils déjeunent et dînent aux meilleures tables, toujours invités. La question de leurs revenus divers et variés est bien trop vulgaire pour être posée, mais, eux, affirment haut et fort que le SMIG est excessif pour les entreprises, car il les empêche de créer les vraies richesses.
S’ils font semblant de débattre entre eux, ils n’invitent jamais ceux dont la pensée risquerait, en faisant appel à l’intelligence et à l’éthique, de mettre à mal la doxa qu’ils enseignent au peuple depuis des décennies. Qu’ils aient dû, lorsque la crise est devenue visible de manière éclatante, se faire les chantres de ce qu’ils avaient toujours condamné, n’a en aucune façon altéré leur crédibilité. Foin du ridicule, il est vrai qu’ils ne sont pas les seuls, ils poursuivent leur règne majestueux.
Ils sont les adeptes de la croissance, de la performance, de la productivité, du moins d’Etat, des marchés déréglementés, car il n’y a rien de mieux, pour faire des profits convenables, que les paris sur les fluctuations des prix, pétrole, blé, riz, eau pure, bientôt air pur qui permettent l’honnête spéculation dont les méthodes sont justement enseignées à HEC et autres écoles sur le mode MMPRDC (1), Make More Profit, the Reste we Don’tCare about ( faire plus de profits, le reste, on en a rien à foutre).
Quand ils parlent de « valeurs », autres que celles, sacrées, du CAC 40 ils ne vont pas trop loin, on ne sait jamais, et puis les concepts flous en imposent toujours. A-t-on idée d’être un Afghan sans papiers ?
Les banques reprennent leurs bénéfices, le chômage augmente, allons, tout va bien. L’essentiel est, surtout, de ne toucher à rien, jusqu’à la prochaine crise. Les banques sont trop importantes pour que les Etats les laissent choir, d’autant que leur fonctionnement est irréprochable. Ces gens-là feront comprendre cela aux chers auditeurs et téléspectateurs contribuables : leurs patrons qui ont acheté journaux, radios et télévisions, sont généralement partie prenante de ces tours de passe-passe. A noter qu’un rapport du très officiel « Conseils des prélèvements obligatoires »montre que les entreprises du CAC 40 paient 2,3 fois moins d’impôts que les PME grâce à l’ « optimisation fiscale »- qu’en termes galants ces choses-là sont dites- due aux niches fiscales et à leurs filiales dans les paradis fiscaux. Il n’en coûte à l’Etat que huit milliards d’euros. Ces gens-là expliqueront-ils, un jour, pourquoi l’Etat paye avec l’argent public les somptueux intérêts de ses dettes gigantesques aux actionnaires des banques privées ?
Je suggère à ces gens-là de lire La Rochefoucauld :
« On ne doit pas juger du mérite d’un homme par ses grandes qualités, mais par l’usage qu’il en sait faire »
(1) « J’ai fait HEC et je m’en excuse »
Florence Noiville ed. Stock
Jean Claude Simon
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