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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 15:24

    Ces gens-là que peuvent-ils bien penser d’eux, si, toutefois, ils prennent le temps nécessaire pour cela ? Car ils sont très occupés. On les entend à la radio, on les voit à la télévision, on les lit dans les journaux nationaux et régionaux, éditoriaux, articles ( toujours de fond ), ils font paraître une ou deux fois l’an ce qui ressemble à un vrai livre, encensés par leurs congénères. Ils parlent des tonnes de livres qu’on leur envoie pour qu’ils en parlent et qu’ils ont lu, je suppose, avec la plus grande attention. C’est qu’ils sont savants ces gens-là, certains sortent même de l’Ecole Normale Supérieure, ce qu’ils soulignent parfois, mais avec discrétion. De plus, ils déjeunent et dînent aux meilleures tables, toujours invités. La question de leurs revenus divers et variés est bien trop vulgaire pour être posée, mais, eux, affirment haut et fort que le SMIG est excessif pour les entreprises, car il les empêche de créer les vraies richesses.

    S’ils font semblant de débattre entre eux, ils n’invitent jamais ceux dont la pensée risquerait, en faisant appel à l’intelligence et à l’éthique, de mettre à mal la doxa qu’ils enseignent au peuple depuis des décennies. Qu’ils aient dû, lorsque la crise est devenue visible de manière éclatante, se faire les chantres de ce qu’ils avaient toujours condamné, n’a en aucune façon altéré leur crédibilité. Foin du ridicule, il est vrai qu’ils ne sont pas les seuls, ils poursuivent leur règne majestueux.

    Ils sont les adeptes de la croissance, de la performance, de la productivité, du moins d’Etat, des marchés déréglementés, car il n’y a rien de mieux, pour faire des profits convenables, que les paris sur les fluctuations des prix, pétrole, blé, riz, eau pure, bientôt air pur qui permettent l’honnête spéculation dont les méthodes sont justement enseignées à HEC et autres écoles sur le mode MMPRDC (1), Make More Profit, the Reste we Don’tCare about ( faire plus de profits, le reste, on en a rien à foutre).

    Quand ils parlent de « valeurs », autres que celles, sacrées, du CAC 40 ils ne vont pas trop loin, on ne sait jamais, et puis les concepts flous en imposent toujours. A-t-on idée d’être un Afghan sans papiers ?

    Les banques reprennent leurs bénéfices, le chômage augmente, allons, tout va bien. L’essentiel est, surtout, de ne toucher à rien, jusqu’à la prochaine crise. Les banques sont trop importantes pour que les Etats les laissent choir, d’autant que leur fonctionnement est irréprochable. Ces gens-là feront comprendre cela aux chers auditeurs et téléspectateurs contribuables : leurs patrons qui ont acheté journaux, radios et télévisions, sont généralement partie prenante de ces tours de passe-passe. A noter qu’un rapport du très officiel « Conseils des prélèvements obligatoires »montre que les entreprises du CAC 40 paient 2,3 fois moins d’impôts que les PME grâce à l’ « optimisation fiscale »- qu’en termes galants ces choses-là sont dites- due aux niches fiscales et à leurs filiales dans les paradis fiscaux. Il n’en coûte à l’Etat que huit milliards d’euros. Ces gens-là expliqueront-ils, un jour, pourquoi l’Etat paye avec l’argent public les somptueux intérêts de ses dettes gigantesques aux actionnaires des banques privées ?

 

    Je suggère à ces gens-là de lire La Rochefoucauld :

    « On ne doit pas juger du mérite d’un homme par ses grandes qualités, mais par l’usage qu’il en sait faire »

 

(1)   « J’ai fait HEC et je m’en excuse »

          Florence Noiville   ed. Stock

         Jean Claude Simon

 

 

 

 

 

   

   

   

   

 

 

   

 

 

Par Jean Claude Simon
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 12:07

    Ce jour, on célèbre le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Les trompes sont tellement fortes qu’à moins d’être sourd, et encore, personne ne peut y couper.

     Il ne me viendrait pas une seconde à l’esprit de nier l’importance de cet événement historique, aboutissement d’un long processus remarquablement perçu, mais a posteriori comme toujours, par les « experts » de toute nature. Non plus d’oublier l’immense joie que j’ai ressentie à ce moment. Ouf ! L’horrible communisme était vaincu. C’en était définitivement  fini de ces régimes totalitaires faisant régner la terreur, l’absence de liberté, la délation, l’injustice, l’arbitraire,  pour n’aboutir qu’au règne de petits groupes d’apparatchiks se dévorant entre eux et à la pauvreté du plus grand nombre…

    Plus de choix entre l’idéal d’un communisme comme on le rêvait au XIXème siècle que son atroce dévoiement avait discrédité pour toujours et le libéralisme triomphant des Etats-Unis d’Amérique dont les symboles, les images, l’idéologie consumériste avaient déjà submergé la planète et balayé les  sociales démocraties complètement déboussolées. L’humanité entrait, enfin, dans l’age d’or !

    Maintenant, nous sommes au cœur de l’age d’or…

 

    Pourtant, pourtant, comme dans la chanson « Tout va très bien, Madame la Marquise ! » on déplore un tout petit rien…un incident…une betise…Un autre mur, triomphant celui là…Le mur de la phynance, comme disait le père Ubu présent actuellement partout…

    A quand sa démolition ?

 

               Jean Claude Simon

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Jean Claude Simon
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 17:28

     Le monde n’est qu’énigme. Un abîme sépare comprendre de croire comprendre, mais le plus souvent je me contente de croire comprendre, ce qui constitue, selon Valéry, le péché mortel de l’esprit. Croire comprendre est reposant. J’ai fait effort pour arriver au sommet, je souffle, j’arrête de faire usage de mes forces, mais le brouillard m’a fait croire que c’était le sommet, en réalité, il est au-delà. Bien au-delà.

     Quand le brouillard se dissipe, j’entrevois les difficultés inhérentes à ma progression.

     J’accorde que la métaphore est quelque peu éculée, mais quand vous etes dans le brouillard, vous plongez dans l’énigme du monde…

     A vrai dire, il y a deux sortes de brouillard. Celui dans lequel ceux qui m’y ont plongé pensaient sûrement en tirer des intérêts de natures fort diverses et l’autre qui n’est du qu’aux limites de mes capacités.

      Faut-il se méfier des autres ? Certes non, mais il vaut mieux se situer dans les rapports de force qui ont peu à peu construit la société dans laquelle nous vivons. Savoir qu’il y a des millénaires, il y avait les guerriers prédateurs, les prêtres et les gens du commun qui grattaient la terre. Quand la démocratie arrive, les guerriers pillards s’étaient depuis longtemps emparé de la terre et des richesses qu’elle contient. L’héritage a renforcé tout cela, soutenu par les intérêts, interdits jadis par les religions. Les bourgeois « révolutionnaires », mais déjà capitalistes, ont remplacé la force par l’argent. Les prêtres se sont mis du bon coté, les gens du commun se sont divisés en entrepreneurs et travailleurs. Il reste les capitalistes qui font fructifier de façon éhontée leur capital, les chefs d’entreprise, les plus gros, en profitent, quant aux travailleurs, les mieux dotés ont juste de quoi vivre. Les capitalistes alliés aux entrepreneurs font les lois et les systèmes fiscaux qui renforcent leurs richesses, partant, leur pouvoir. Ils répandent sur les travailleurs un brouillard subtil et efficace pour les persuader qu’ils oeuvrent dans leur intérêt, et, qui plus est, au nom de la morale républicaine ! Les travailleurs qui restent dans le brouillard votent pour eux. D’une certaine manière, c’est beau comme l’antique…Salut les artistes !

     L’autre brouillard c’est autre chose. Ma présence au monde et ce que je suis venu y faire n’est pas tout à fait une mince affaire. Je viens de lire quelque part que pour celui qui n’a qu’un marteau, tous les problèmes prennent la forme d’un clou. C’est exactement ça. Pour comprendre le monde, un marteau ne suffit pas, même si pour les répandeurs du premier brouillard cela suffit largement. Je me construis des bazars impossibles pour aller un petit peu plus loin dans la résolution de l’énigme, mais à chaque fois je m’aperçois que je n’ai pas résolu grand-chose.

     C’est peut-être cela vivre.

 

        Jean Claude Simon

    

 

    

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 16:32

      Enfin novembre ! Cela nous manquait. Nous pouvons rester tranquillement  au coin du feu et méditer tranquillement, car «  Que faire en un gîte à moins que l’on ne songe ? »

      Surtout, fermer soigneusement les écoutilles. Ne rien  lire, ne rien écouter de ce que ces hommes qui croient avoir été importants, et qui, hélas,  en sont toujours persuadés, écrivent ou disent de leurs turpitudes politiques. Ecoeurement total. Mépris définitif pour ces prébendiers sordides. Ne rien lire, ne rien écouter de ceux dont le fond de commerce est constitué par le commentaire de ces turpitudes.

      Ne pas croire ces histrions qui se disent « économistes » et qui vous affirment que les dysfonctionnements, certes léger du système capitaliste ont été gommés, que le printemps est là, bien palpable au bout du tunnel et que nous allons être bénéficiaires des bienfaits du dit système. Fieffés menteurs ou imbéciles ?

      Laisser les gros nuages noirs les faire tous disparaître à jamais.

      Rentrer en soi, même si le ciel n’y est pas toujours d’une intense clarté.

      Lire écrivains, philosophes, essayistes qui peuvent nous assister dans notre quête si rude du sens de notre existence infinie et limitée.

      Entendre la musique de ceux qui adouciront ce sens et feront naître sur nos lèvres un sourire, même pale et mouillé de larmes.

 

        Jean Claude Simon

 

 

 

Par Jean Claude Simon
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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /2009 12:08

La mer était forte. Poussés par une bonne brise de suroît les nuages filaient vers le nord est en jouant avec la lune. Je venais de me réveiller. Je me préparais à monter sur le pont.

La nuit était calme à Aubervilliers. En sortant du théâtre, pensif, je rentrais  tranquillement chez moi ; on y avait donné « La Résistible Ascension d’Arturo Ui ».Je me demandais ce qui pouvait bien pousser les hommes à prendre un effrayant pouvoir sur autrui, alors qu’ils ont tant de mal à prendre quelque pouvoir sur eux-mêmes…

A minuit, chaudement vêtu, je pris mon quart, cap au 315.Le froid était sensible. Nous allions bientôt traverser le rail de la Manche, il fallait avoir l’œil sur les énormes tankers, les porte-conteneurs géants qui fonçaient à plus de vingt cinq nœuds, sans autre souci qu’arriver le plus vite possible.

Dans une parabole terrible et grotesque, Bertolt Brecht transpose la prise du pouvoir par Hitler dans le Chicago des années 30. La crise économique ronge la ville, Arturo Ui, gangster minable, va s’imposer par la pire violence et des promesses fallacieuses, grâce aussi à la lâcheté des politiques, à la complicité des milieux d’affaires et des aristocrates.

Notre compagnon qui venait de faire le point en bas sur la table à cartes, me rejoignit sur le cockpit. Le moment était venu d’infléchir notre route. Pour passer le moins de temps sur le dangereux rail, il fallait le couper à la perpendiculaire. Nous gouvernâmes au 380. Le vent avait forci, nous courrions nos 9-10 nœuds grand largue. Le rail serait traversé plus vite. Nous décidâmes de veiller tous les deux pendant ce moment délicat.

Arturo Ui gauche, bourré de tics, presque bègue  va se faire donner des leçons par un vieux comédien. Sans perdre sa vulgarité, il gagne désormais en assurance et devient de plus en plus dangereux. Il massacre ses rivaux, ses compagnons et fait régner la terreur Il sait aussi mystifier son auditoire et impose un discours à la première personne, Je, Je, Je…Que ne fera-t-il pas pour le bien du peuple !

Les nuages cachaient la lune ; nous scrutions la mer de toutes nos forces. Même si notre voilier avait priorité sur tous les mastodontes, ils ne se dérouteraient pas, en admettant qu’il le pussent, c’était à nous de les voir. Nous ne pourrions les entendre à cause du bruit du vent et de la mer. Les eussions nous entendus qu’il eût été trop tard…

Ainsi, pensai-je,  la violence des sévices, de l’emprisonnement, des tortures, de la mort qui nous menace ainsi que les nôtres fait triompher la peur, pis, fait intérioriser la peur.

Bientôt, il nous sembla voir une énorme masse sombre se rapprocher très vite par le travers bâbord. Nous ne pouvions prendre le risque mortel d’une collision. Peut-être le plus simple, aussi le plus aisé eût-il été pour éviter un éventuel impact de faire un virement vent debout, mais, craignant qu’il fût trop tard, je décidais instantanément d’empanner. Je hurlai : « on empanne ! paré ? » et commençai à abattre.

Quand le peuple est assommé de propagande, enserré dans des comportements de soumission, partant, rendu impuissant, seule un cataclysme peut lui rendre sa liberté, mais nous avons vu, nous les anciens,  à quel prix.

L’inaltérable sang froid de mon compagnon facilita la manœuvre. Je m’efforçai de mettre le bateau au vent arrière. Il borda progressivement la grand -voile qui ne passa pas trop brusquement à tribord. Le foc fut bordé tant bien que mal. Ouf ! La rapide masse sombre qui passa quand même assez près, était un porte- conteneur de la MAERSK LINE, un monstre marin de près de 400 mètres de long qui fila, Dieu sait où, en prenant allégrement sa part au pillage de la planète…

J’allais bientôt arriver chez moi, dans mon petit bout de sympathique tiers monde, sans craindre les gangsters, encore que…

Nous reprîmes notre route calmement, au 320, le rail étant passé. Le vent était plus calme, la nuit plus claire. Nous pensions à notre monstre qui portait des milliers de conteneurs, à ces grues géantes dont les Chinois ont le quasi monopole de la construction et qui chargent le plus vite possible ces parallélépipèdes porteurs de la haute civilisation du gaspillage.  La Chine est maintenant l’usine du monde et la plus grande réserve de dollars. Nous éclatâmes de rire : il était loin le temps des canonnières sur le Yang-Tsé-Kiang !

Arrivé chez moi je pris mon courrier. La poste était devenue la Banque Postale. C’était parti pour le gangstérisme, mais légal, je commençais à le payer !. Tous ces brigands officiels relevaient la tête, aller continuer, la panique passée, à transposer en violence symbolique mais néanmoins mortelle, nous le savons maintenant, les méthodes si efficaces d’ Arturo Ui.

Les Chinois nous inondent de toute cette pacotille inutile. Nous sommes les nouveaux  sauvages, c’est pour nous l’équivalent de la célèbre verroterie échangée contre des matières précieuses, enfin, soi-disant précieuses. Quelle atroce dérision que la croissance sans limites, cette sinistre course à la mort. Les poumons pleins d’air marin, nous étions bien avec la mer et le vent qui nous apprennent la sagesse et nous montrent, parfois durement, ce dont nous sommes vraiment capables. Bien avec nos amis. Presque bien avec nous-mêmes Je me retrouvai seul pour finir mon quart, fétu maître du monde.

 Incapable de dormir dans ma chambre stable, je me mis à écouter la musique de Shostakovich en rêvant à la grandeur des hommes qui sauvaient l’humanité par leurs œuvres,à la dignité des humbles, aux sages, à ceux qui, comme mon grand père, disaient avec un sourire qui n’était pas dupe : « Mon p’tit gars, faut ben durer… »

Mon quart se terminait. Bien que fatigué, je passai les consignes et quittai la barre presqu’à regret… jusqu’où peut vous mener l’illusion d’être ce que vous n’êtes pas… Nous avions un peu dérivé, quelque courant que nous ignorions peut-être, ou quelque erreur de navigation. Nous allions corriger cela. Je me demandai si la pauvre humanité infléchirait à temps sa route suicidaire. Je retrouvai dans le carré toute la chaleur du monde et m’endormis dans un bercement sans fin.

           

          Jean Claude Simon

 

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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